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15/12/2014

La question de l'inappropriable, un nouveau sens de ce qui nous est "commun"

Ce matin, à demi éveillée, je me voyais dialoguer avec deux de mes professeurs de philosophie et à propos de mon troisième livre que j'ai en tête depuis des années (et loin d'être fait, le deuxième étant juste ébauché, mais, peut-être ont-ils un lien entre eux ? !). Une sorte de rêve éveillé comme cela m'arrive parfois. Surprise ! .... un message ? une invitation ? Et j'ai laissé faire ...

Dans l'après midi, je me suis retrouvée surfant sur internet, découvrant les derniers écrits de Monique Castillo et les conférences auxquelles elle a participé. Puis, de clic en clic, j'entre dans ce monde philosophique que j'avais oublié, mis de côté. Et, plaisir ! Dans ce monde chaotique, certains philosophes nous ouvrent des fenêtres mais nous l’ignorons. Ceux qui pensent réellement et en adéquation avec notre monde, ne font pas la une des journaux ni des émissions de télé. Pourtant, ils continuent à décrypter ce qu'ils observent et nous apporter une lecture de ce monde ainsi que des pistes pour notre avenir, par la compréhension des évolutions de notre société, trop ancrée dans le matériel, la revendication identitaire et la judiciarisation de tout.


Ils abordent les thèmes comme la démocratie, le pouvoir, la définition du "commun", et l'inappropriable. Dans cette société "marchandisée" à outrance, ils laissent entrevoir une pensée philosophique et politique de ce qui nous est "commun" et qui ne peut être mis en propriété ni sur un plan individuel ni au niveau de l'Etat. Ce qui repose, d'ailleurs, la question du rôle de l'Etat.

Deux formes de pensée se sont amplifiées ces dernières décennies et nous ont conduits dans l'impasse. D'une part, "l'universalisme" qui, de fait, nie les différences pour imposer les mêmes droits, donc une seule manière de voir et d'être dans ce monde. Ils interrogent cette question en la confrontant au concept de "pluralisme". D'autre part, la "judiciarisation" excessive. Davantage de lois, davantage de procès pour des personnes se considérant victimes, pour tout, sur tous les sujets. L'une et l'autre de ces conceptions ont été nécessaires dans l'évolution de la pensée contemporaine et ont permis des avancées dans le vivre en société. Mais, la pensée, comme la science, doit évoluer, ne pas s'accrocher à des concepts utiles à une époque mais plus adaptés aujourd'hui car l'humanité a changé et "grandit". En effet, la pensée est "matière", elle construit, génère des attitudes, des choix, des orientations qui prennent vie concrète au quotidien. Les pensées influencent le monde et se traduisent en actes.

Ces deux conceptions ont contribué, en réaction, pour se sentir exister dans la masse mondialisée, au développement considérable du "particularisme" ; au nom de l'égalité et de la justice, l'individu revendique "ses droits", au moins autant que les autres quels qu'ils soient ; il revendique aussi d'être dédommagé de tous les aléas de la vie, comme s'il avait passé un "contrat marchand" avec tout le monde, y compris avec l'Etat pour des biens qui ne peuvent être appropriés, c'est-à-dire "en propriété", (peut-être aussi contrat marchand avec le Ciel ?). Car, si tout est propriété de l'un ou de  l'autre, individu bien privé, Etat bien public, que reste-t-il de ce qui nous est commun, du "Commun" ? Dans ce monde bouleversé, nous avons à redéfinir ensemble ces notions qui, seules, peuvent nous permettre de retrouver véritablement notre équilibre. Tout ne s'achète pas. Tout ne peut être possédé. Ce qui nous est commun est d'une autre nature. Cela apporte une réponse philosophique, et donc plus large et hors du système de pensée économique, aux questions posées par les conventions internationales sur l'accès à l'eau, à l'air, l'éducation, etc., également sur les raisons du vivre ensemble avec nos différences. Mais plus encore, et si le Commun était ce que nous faisons ensemble ?

Je comprends l'invitation qui m'est adressée aujourd'hui : m'enrichir de nouvelles pensées, de ceux qui, depuis des années, progressent aussi dans leur perception et compréhension de notre société et construisent, réajustent au fil du temps, non pas des prêts à penser, mais des outils pour notre propre pensée. Ma tâche pour 2015 ? ? ? ........ Notre tâche ? ....

Je vous donne quelques références, si cela vous dit

Monique Castillo : Le pouvoir, sens et puissance Ed. Michalon 2008    

                          L'identité en questions, Cercle Condorcet 2013

 Marcel Gauchet : la démocratie contre elle-même Ed. Gallimard 2002

 Christian Laval et Pierre Dardot : Commun - essai sur la révolution du XXIème siècle, Ed. La découverte, avec l'article sur www.nonfiction.fr  qui présente ce dernier livre

 Y. C. Zarka  L'inappropriabilité de la Terre Ed. Armand Colin 2013

                     Refonder le cosmopolitisme Ed. PUF 2014

Conférence ENS Paris, le 8 Déc. 2008 : Les catastrophes politiques    

avec Antoine Garapon, magistrat/IHEJ, Le terrorisme et l’explosion des catégories      

et Frédéric Gros, Paris XII, Guerre, intervention et sécurité

Frédéric Gros, États de violence : essai sur la fin de la guerre, Gallimard 2006

et aussi, une bande dessinée de Jul et Charles Pépin : Platon La Gaffe

En ces temps de fin d'année, où les bilans s'imposent d'eux-mêmes, y compris sans le vouloir, peut-être profitons-en pour reconsidérer notre monde ...

Joyeuses fêtes à vous

et Bonne nouvelle année à venir

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