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02/08/2014

festival Voix Vives 2014 - Chronique N° 3 -

Sète, le festival et les Sétois

Vous le savez, j'apprécie beaucoup ce festival de poésie, moment et lieu privilégiés, "entre parenthèse", hors du temps et de ce qui nous entoure au quotidien ; espace de rencontre, de partage d'humanité donc de recentrage. Quitter les préoccupations habituelles qui nous dispersent pour nous retrouver dans ce qui nous fonde et nous rassemble en tant qu'êtres humains ! C'est cela la vibration de la poésie quand les poètes sont bons, c'est-à-dire bien enracinés dans la vraie poésie. Que l'on aime ou pas, selon le style de poésie, mais comme la peinture ; il y a de grands peintres que j'apprécie particulièrement et d'autres que je n'aime pas car ce qu'ils font ne me correspond pas. Il y a aussi des artistes médiocres dans tous les arts et qui peuvent, malgré tout être appréciés ! ...... Il suffit de reconnaître ce qui nous convient.

J'ai plusieurs raisons de soutien à ce festival, mais cette année, j'en ai compris profondément le sens. Je connais les arguments de Maïté, je suis capable moi-même de percevoir ce qui se passe. Mais cette année, j'ai vraiment perçu le réel enjeu de ce festival car j'ai entendu, moi-même, directement, les poètes parler du festival, de ce qu'ils ont vécus et du bienfait pour eux ; ceci, soit le dernier jour où des poètes, avec une voix teintée d'émotion avant la séparation lors de leur dernière lecture, adressent des remerciements publics, soit en partage dans l’intimité des transports en voiture où je conduisais l'un ou l'autre dans les lieux de lecture, à l'hôtel ou en gare.


Ce qu'ils disent du festival : "C'est unique, cela n'existe nulle part ailleurs. Tant de poètes ensemble, et divers." Une centaine de poètes présents dans les rues, les jardins et place, pendant une semaine, ils peuvent se rencontrer, échanger, discuter poésie. La plupart ne se connaissent pas, il arrive même qu'ils ne se connaissent pas entre poètes d'un même pays ! Pour eux, une richesse insoupçonnée. Sachez que les festivals de poésie se font soit sur un territoire donné, soit sur une thématique, jamais dans cette diversité de pays et de styles poétiques.

Sapho me disait : "Ils se rendent compte aussi qu'ils ne sont pas seuls. Pour les poètes du Moyen Orient et du Maghreb c'est très important, particulièrement pour eux."

J'ajoute ce qui se percevait très nettement cette année, comme dès le début, "la poésie, territoire de paix". Chacun rencontre l'autre, en tant que poète et en tant qu'homme et femme avec tout ce qu'il vit, qu'il soit Israélien, Palestinien, Grec, Portugais, etc... une terre unique, la Poésie, un fondement commun, l'Humanité, l'être Homme. J'appelle cela "un espace sacré" encore plus perceptible aujourd'hui où la guerre est partout. Rendons grâce pour cet espace ! 

"Le festival n'est pas fait pour les Sétois" disent certains. Oui, le festival est fait pour les Sétois mais pas que pour les Sétois ; le festival est fait d'abord pour les poètes et le partage entre poètes et public, s'associe qui veut, c'est gratuit et ouvert à tous, et pour tous les goûts.

Sachez également que certains d'entre eux n'ont jamais quitté leur pays, qu'ils n'ont eu de visa que parce qu'ils venaient au festival. Libres mais enfermés dans leur pays, c'est une découverte extraordinaire pour eux ! Nous contribuons à cela et devons-nous le regretter ?

Autre sensation, émotion, forte, l’appartenance à la Méditerranée. J'ai remarqué que dans ce monde de grand chaos, la perception sensible est plus grande. Ce que je percevais avant, je le perçois comme deux ou trois fois plus, car en plus grand contraste. La poésie territoire de paix. Les poètes du festival Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée, le "peuple de poètes" mais qui parlent de nous, de notre humanité, "le peuple des poètes du Pays de Méditerranée", une seule terre la poésie, un seul pays la Méditerranée. Nous sommes ce peuple rassemblé à travers eux. Alors ? Comment Sète pourrait-elle être absente de cette rencontre ? C'est devenu pour moi, inimaginable.

Sète, ville port, donc par nature et par essence, ancrée en Méditerranée et tournée vers d'autres rives ; dans le lien, dans l'échange, dans l'accueil ; lieu qui porte sens et donc particulièrement propice pour ce festival.

Sète porte sens aussi pour les poètes invités : ils sont heureux et fiers de venir dans la ville de Paul Valéry ; presque tous en parlent, ils l'ont lu et s'en imprègnent, certains le citent même dans leur poème ; c'est un honneur pour eux de venir ici et aussi un hommage qu'ils rendent à ce poète. Les références souvent cités, leurs "maîtres" en poésie française : P. Valéry, Mallarmé, Baudelaire.

Pour ces raisons, je mesure particulièrement cette année, l'utilité et l'enjeu de ce festival à Sète. Lors d'un séminaire de l'équipe de campagne de "Philippe Sans, un maire autrement" avait été évoquée notre ambition pour la ville de Sète : "devenir tête de pont du Languedoc-Roussillon et dans la perspective de l'Euro-Méditerranée". Le festival Voix Vives est, pour moi, la première concrétisation de cette ambition. Sétois, si nous avons cette ambition, il faut aussi en avoir l'audace ! Ce festival répond pleinement à ce que nous souhaitons pour notre ville et en accentuant, en dynamisant ce qu'elle est dans ses racines et dans sa structure.

J'entends déjà les leitmotiv habituels : "oui, mais ça coûte cher aux Sétois et ça ne rapporte pas grand chose !" sans compter les rivalités associatives ! Nous le savons : seules, l'intelligence sensible et la culture peuvent nous protéger de la bêtise et de la violence et cela n'a pas de prix ! Nous en avons la vérification douloureuse en ce moment, dans tous les pays d'Europe et d'ailleurs, les budgets pour la culture sont rognés alors que c'est l'inverse qu'il faudrait faire pour sauver les peuples : redonner du savoir, de l'esprit critique, de l'ouverture à d'autres pensées .... d'ailleurs, dans ceux que j'entends parler ainsi, j'entends du discours idéologique ou mathématiques, qui, bien sûr, sont à l'opposé du sensible car enfermés dans des systèmes. Contrairement aux discours ambiants, c'est dans les périodes de crise qu'il faut affirmer et oser ses ambitions et donc en prendre les moyens. Sétois qui vous mettez à l'ombre de Valéry et de Brassens, avez-vous tellement peur de vous montrer dignes d'eux et d'aller plus loin ? Ou leurs lauriers vous suffisent-ils pour vous abriter ? Mais le passé n'assure pas l'avenir si nous ne contribuons pas à le construire !                                                                         En ce qui me concerne, je suis fière de contribuer modestement à la réalisation de ce festival, car j'en porte l'ambition pour notre ville bien au-delà du simple événement ! Voyons plus loin que l'intérêt premier et immédiat, même s'il est nécessaire de revoir de nouvelles contributions financières, faisons-en un choix politique, non pas d'opportunité médiatique, mais inscrit dans une politique ambitieuse de rayonnement de la ville et imaginons, dans d'autres secteurs, d'autres réalisations aussi audacieuses !

Des nouvelles cependant que Maïté nous a transmises lors de la rencontre de fin de festival entre salariés et bénévoles, des retours encourageants : pour la première fois des Sétois sont venus remercier du festival, donc de nouveaux participants ; des commerçants ont exprimés : "le festival nous a sauvé de notre mois de juillet !" Un poète animateur et ami m'a informé de retours de personnes venues spécialement à Sète pour le festival, de Nancy, de Normandie, de Lyon. Le festival "prend racines" et l'on reçoit en retour ; il a un rayonnement national, et davantage de Sétois présents en tant que public ; dommage que des Sétois, par position de principe, refuse d'en profiter ! Mais certains savent en bénéficier ; on se rencontrait souvent sur les lieux de lecture, toujours les mêmes, avec joie et complicité. J'ai même rencontré le soir de clôture quelques militants politiques, venus par plaisir, mais seulement certains, peu nombreux, et hors des partis majoritaires ! .... tout au moins pour ceux que j'ai vu, peut-être y en avait-il d'autres ?

Peut-être un jour, les Sétois oseront-ils davantage participer, contribuer à l'essor de leur ville, y compris dans cet événement hors du commun ! ..... 

Autre information : un poète Algérien parlait de Sète en disant que la ville ressemblait à la sienne, qu'il était comme chez lui ; mais, à une différence qui le surprenait : "ici, il y a des gens de partout !" Habitués que nous sommes à vivre dans la diversité des origines, nous avons perdu la conscience de cette richesse. Il faut le regard de l'autre, extérieur, pour en prendre la mesure ! Autant de touches, d'impressions qui nous remettent dans notre réalité, celle que nous avons laissée se déformer ou que nous ne percevons plus ! ...

 

 

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