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05/07/2014

Construire ou déconstruire l'agressivité et la violence ?

En partage ce témoignage mettant en évidence la manière dont nous subissons la pression sociale et médiatique, jusque dans nos réactions et comportements au quotidien. Ce qui nous fait perdre tout simplement notre qualité humaine essentielle : la capacité de penser, observer, agir par nous-mêmes et avec discernement et responsabilité. 


Un jour, une jeune femme amie me téléphone excitée, coléreuse autant que plaintive et me dit : "ma fille est harcelée à l'école par une gamine de sa classe, c'est inadmissible, intolérable et le Directeur ne fait rien".

Je suis quelque peu interloquée par une telle affirmation et très péremptoire ! D'emblée je l'informe que je n'admets pas l'utilisation de ce mot qui est lourd de conséquence et lui demande de me donner plus amples informations pour comprendre la réalité de la situation. Pour entrer en dialogue, j'ai besoin d'en savoir davantage. Elle me raconte difficilement les faits car empêtrée dans sa colère et son jugement. Par bribes, au fur et à mesure, j'arrive à obtenir des éléments informatifs tangibles. Je considère alors qu'elle aggrave la situation et tente de lui signifier. Avec bon sens et un peu de psychologie (la vraie, pas celle préfabriquée !) je perçois vite qu'il s'agit d'une rivalité et jalousie entre filles. L'une, sa fille, bien élevée, gentille mais avec du caractère, toujours première de la classe et fière d'être ce qu'elle est ; l'autre, avec un contexte familial et affectif difficile, de moins bonnes notes ; situation assez classique "je frappe celle que je rêverais d'être". Qui n'a pas vécu, directement ou indirectement, des situations semblables, à l'école, au bureau ou dans des associations ?

Mais non, ce n'est pas ce qui est ressenti, tout de suite des mots, "harcèlement" que l'on entend sur toutes les ondes, dans la bouche du tout venu, car c'est la mode de juger, de catégoriser à tort et à travers, on copie, on répète, plus besoin de réfléchir et surtout faisant référence à une loi, donc au pénal ! Les grands mots que je nomme "gros mots" car nous ne devrions pas les prononcer n’importe comment. C'est ainsi que l'on déclenche des conflits, qu'on les aggrave au lieu de les apaiser, voire de véritables guerres ! Chacun aggrave la situation pour se défausser et remettre les enjeux dans les mains d'autrui, directeur, tribunal, etc.... On dénonce et on se lave les mains, aux autres de prendre la bonne décision et si possible, en détruisant l'autre, juste pour dissoudre sa colère, son anxiété. A la sortie de l'école, les mères se montent le bourrichon et en font des gorges chaudes, le ton et l'ambiance s'enveniment ! Un cercle vicieux est en train de s'installer contre "tous ces enfants malfaisants" et "la Direction, les enseignants" pas à la hauteur. Entre temps, le Directeur un peu faible mais aussi avec une certaine lucidité avait convoqué les deux filles dans son bureau pour s'expliquer.

Après trois-quatre communications téléphoniques et avec mon aide, elle s'apaise, prend du recul et une position plus juste en plusieurs étapes :

- c'est une histoire entre gamines, c'est d'abord à elles de régler la situation ; donc aider sa fille à ne pas se laisser faire mais sans casser la relation (souvent, les conflits sont aussi une demande relationnelle, de contact)

- aux parents de prendre le recul et leur responsabilité, parler à cette enfant et marquer les limites ; ce qu'a fait rapidement le père

- comprendre le pourquoi d'une telle réaction émotive très forte : cette situation signifie quoi pour la mère ? Prend-elle la place de sa fille et donc n'est plus ni mère ni adulte ? Ou remontée d'anciens souvenirs donc pas dans le présent de cette situation là, particulière aujourd'hui ?

Avec l'accueil de cette démarche, la compréhension s'est faite. Mon amie a compris ce qui s'était passée pour elle et a donc jugé la situation dans ce qu'elle est aujourd'hui. Elle-même a parlé à cette enfant et les deux filles sont maintenant copines ! .....

Grave, cet exemple parmi tant d'autres ! Cette enfant, en grand manque affectif, de reconnaissance et donc de repères (re-pères), risquait l'exclusion de l'école, comme cela s'était déjà passé pour elle ; donc retomber dans un cercle infernal simplement parce que les adultes ne savent plus réfléchir ni agir par eux-mêmes mais par média interposées, par les vagues déferlantes de l'opinion publique. Parce que, aussi, nous avons perdu le sens et la valeur des mots qui se sont dématérialisés. Les gros mots de mon époque n'existent guère et n'ont plus d'importance ; ils ont été remplacés par des mots bien plus graves et dangereux tels que harcèlement, schizophrène, etc. qu'on lance à tort et à travers à la tête des gens, et souvent dans leur dos ! N'utilisons pas des mots techniques, psychiatriques ou juridiques sans en être habilités ni en maîtriser véritablement le sens !

Et paradoxe énorme ! à la fois ces mots sont utilisés à tort et à travers et, dans le même temps, les mots justifiés et circonstanciés, donc utilisés à propos, de corruption, de détournement de la Loi, de conflits d'intérêt pour des personnalités ayant grande responsabilité devant le Peuple, sont considérés comme insignifiants ou injustes ! ....

Je me souviens de m'être fait réprimander sévèrement par mon père lorsque j’étais enfant car j'avais dit à quelqu'un "t'es un âne bâté !". Mon père m'avait demandé "tu te rends compte de ce que tu dis ?" ! ! ? ?  ben, non pas vraiment ; j'avais entendu cette expression, je la trouvais jolie, j'avais compris que c'était plus ou moins une insulte, ça me suffisait. Cela signifiait : considérer l'autre comme une bête de somme, donc comme pas grand chose ! Depuis, j'ai gardé la vigilance sur mon langage. Apprendre le français n'est pas simplement savoir parler, c'est aussi utiliser les mots dans ce qu'ils sont, dans leur valeur ; de même la valeur de la relation à l'autre, quel qu'il soit ! ....

 

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