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29/05/2014

A force de banaliser et de dériver ...

De dérives en dérives, nous atteignons le monde que nous ne souhaitions pas et contre lequel depuis des siècles, nous nous battons !

Avons-nous perdus la tête à ce point ? Avons-nous perdus le sens de ce qu'est être homme et citoyen ? Mais, finalement, savons-nous encore que l'homme civilisé a existé ? Celui qui sait se tenir en société, qui sait reconnaître que ses intérêts personnels ne sont pas équivalents aux intérêts de l'ensemble ? Celui qui met au-dessus de sa personne, l'intérêt d'une Nation non seulement au présent mais aussi pour l'avenir ?

Après les élections européennes et en ce temps de commémoration des guerres précédentes, saurions-nous mourir pour l'intérêt du bien commun ? Ou sommes-nous ces collabos qui, de compromis en compromis, laissent pourrir le sens même de la citoyenneté ?


Dans mes articles précédents, je nous invitais à "entrer en Résistance". Plusieurs ont apprécié que j'ose prendre cette position et l'exprimer ; d'autres m'ont crue fada et épuisée par la campagne électorale m'encourageant à prendre des vacances ! J’exagérais parait-il ! Aujourd'hui, plus fort qu'hier, mon appel sonne juste, je sais ce que je dis car j'accepte de voir la gravité des situations et j'en perçois aujourd'hui les incidences pour demain.

À force de banaliser, par paresse, par crainte de modifier sa propre vie, par peur de poser des paroles et des actes qui engagent et font barrage, qui remettent les pendules à l'heure, qui donnent le sens des choses, qui "remettent à l'équerre" comme dit François Bayrou, on laisse, on laisse dire, on laisse faire et plus personne ne sait ce qui est juste ou pas, ce qui doit se faire ou pas, plus de règles, plus de repères. Mais nous y avons contribué, au quotidien, de silence en silence, de désabusé en désabusé ! .... Nous faisons les étonnés maintenant ?

Dernièrement, le film "Hannah Arendt" a été projeté à Sète. J'en ai profité pour inviter des amis à faire davantage connaissance avec elle et sa pensée, notamment à partir  de "la condition de l'homme moderne". J'ai donc repris ses livres, mes notes et mes écrits à ce propos. Elle pose ce que je considère comme la vraie question de notre société : la perte de l'espace commun comme du sens commun. Si l’espace commun, ce qui nous tient ensemble en communauté de vie, n’est plus respecté, voire n’existe plus car envahi par moult espaces privés, affichés, revendiqués, comment « faire société » ? (Cf. Donzelot) 

À force de dériver le sens des mots et les fonctions, se perd aussi le sens de la vie et d’être ensemble !

Quand le Président de la République annonce à la TV qu’il veut inverser la courbe du chômage, il fait des mathématiques statistiques, il ne fait ni de politique ni les réformes structurelles nécessaires. Si les responsables, qu’ils soient politiques, penseurs, entrepreneurs, enseignants, banquiers, etc. ont perdu le sens de leur responsabilité et le pourquoi de leur mission, comment les simples électeurs, le peuple comme on dit, peuvent garder leur capacité de discernement ?

Quand on ne regarde plus que ses intérêts immédiats, quand on en reste aux seuls besoins de nécessité pour sa survie et que c’est cela qui prime à tous les échelons de la nation, alors, l’espace commun disparaît au profit d’une somme d’attentes individuelles qui se contredisent entre elles ; et c’est la lutte des places, lutte pour un bout de pain ou de gâteau ! Dans cette société de masse, voulue égalitaire mais qui creuse de plus en plus les inégalités, comment apparaître au monde, puisque tous indifférenciés ? Alors chacun se lève et réclame ce qu’il considère comme un dû. On déplace le problème réel et l’on nomme un bouc émissaire à mettre à mort ! Seules la vanité ou la violence font la loi ! Retour aux sociétés tribales ! Le chemin de civilisation est à refaire !

« Si la pensée n’existe plus, alors l’homme n’est plus Homme » H. Arendt ; plus rien ne le différencie de l’animal, qui, lui aussi, se soucie de sa survie ! Si l’espace commun, public disparaît, s’il n’y a plus de repères, de limites de rien, alors il n’y a plus de « cité » qui vaille la peine d’exister, tout est possible y compris le pire !

Cela ne sert à rien de manifester contre le FN, sinon de désigner comme ils le font eux-mêmes, un bouc émissaire. Sortons, occupons les rues, non pour dénoncer mais pour appeler l’éthique, la justice, l’honnêteté, l’intelligence des situations, le courage. Sortons, occupons l’espace public pour partager la parole, réapprendre ce qu’est être citoyen, retrouver l’intelligence collective, réinventer au quotidien, là où nous sommes, une société vertueuse et digne d’êtres humains ! Je le répète, résistons à ce ras de marée, « entrons en résistance » pour ré-apprendre et ré-inventer ensemble d’autres lendemains ! Cela ne peut pas se faire sans nous. N'attendons pas d'ailleurs pour suivre ensuite comme des moutons. Notre responsabilité est engagée ; les primautés des partis politiques, les rivalités de personnes n'ont plus lieu d'être, les enjeux sont au-delà ! C'est nous, ensemble, par nos paroles, par nos actes, par les projets réalisés, qui seuls, pouvons construire la nouvelle cité ! Invitons-nous et encourageons-nous à redevenir de vrais acteurs-citoyens pour une France et une Europe dignes de ceux qui nous ont montré le chemin.

  

Commentaires

Merci, Nicole pour ton article.de mon coté, je viens d'intégrer un poste d'infirmière dans une MAS. Et aussi, j'ai commencé une formation pour d'ici 2 ou 3 ans devenir missionnaire pour les enfants d'Ile de France, à temps plein. C'est ma façon d'entrer en résistance, en présentant un choix à la génération future.
Bien amicalement. Marie-Hélène

Écrit par : marie hélène RAKOTONIAINA | 30/05/2014

Merci Marie Hélène pour ces nouvelles et ton engagement ; de tout cœur avec toi ; amitié sincère

Écrit par : Nicole Bandelier | 30/05/2014

De belles idées, avec lesquelles on ne peut qu'être en accord. L'enjeu est de savoir comment les traduire au quotidien. Je ne crois absolument pas au monde des politiciens pour améliorer la vie du plus grand nombre. Nous en avons déjà discuté, je vote pour la reconnaissance du vote blanc comme valablement exprimé. Pour différentes raisons : d'abord pour exercer mon droit de vote (ce bien si précieux), ensuite pour ne pas basculer dans un vote de protestation au profit des extrêmes, enfin pour que le monde politique prenne conscience, entre autre, de son inefficacité et de ses privilèges. Mais bien sur cela n'est pas suffisant et nous nous efforçons au quotidien d'être attentifs et à l'écoute de notre entourage et de lui venir en aide sous différentes formes. Au plaisir de continuer à échanger nos idées et nos points de vue.

Écrit par : MÉNÉTRÉ GILLES | 05/06/2014

pour le traduire au quotidien, il suffirait de se retrouver avec d'autres et de ré-inventer notre manière de voir, de faire ; oser l'imagination concrète sans perdre de vue l'objectif : créer une nouvelle manière d'être et de faire ensemble, pas simplement comme souvent aujourd'hui, faire mieux pour la planète, c'est faire mieux pour notre monde, Terre et Humains, sortir des prêts à penser, des actions répétitives, etc. si bonnes soient-elles ; mais nous avons perdu le savoir rêver concret ! .... car le rêve est considéré comme opposé à la réalité et contraire à la rationalité ; pourtant c'est lui qui peut déterminer la future réalité ! ... il n'aurait jamais dû quitter notre quotidien tout comme cette conscience de notre dignité d’humain qui s'en est envolée on ne sait où !

Écrit par : Nicole Bandelier | 05/06/2014

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