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20/04/2014

Saurons-nous ressusciter de nos vies statiques ou de nos vies d'errance ?

En ce jour de Pâques, pensée vers vous, pour nous, pour notre Humanité

Le temps, l'histoire, le fil de l'histoire. Tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons, s'inscrit dans un déroulé historique.

Il ne peut y avoir de lendemain s'il n'y a pas d'ancrage, d'enracinement dans le passé mais tourné vers l'avenir. Non pas l'attachement au passé, parfois même la crispation sur le passé, qui nous empêche de vivre et nous amène à une sorte de mort lente par asphyxie : il n'y a plus de bouffée d'air frais, d'air nouveau qui nous réalimente. Pas plus, l'attente inconditionnelle du futur pour se délivrer du présent, fuite en avant qui tend toutes nos forces vers un futur hypothétique et nous épuise car, là aussi, le présent n'est pas utiliser pleinement pour se ressourcer. Pas davantage, nous ne trouvons de confort dans le présent absolu, niant le passé et n'espérant plus d'avenir.

La vraie crise de société ne se trouve-t-elle pas dans notre errance du présent, la modification de notre rapport au temps, notre perte du fil de l'histoire ? Nous faisons comme si nous étions nés hier et tout nous pousse à croire en la nécessaire modernité de notre existence.

 


Notre société actuelle magnifie le présent ; on nous apprend à vouloir tout, tout de suite, quitte à jeter peu après ; de désirs en désirs, le monde insatisfait traîne ses déceptions et fabrique la frustration générant la déprime ou la colère. Alors, il n'y a plus de sens ; le présent pour le présent n'a pas de sens, il ne donne aucune direction, aucun repère, que la satisfaction du besoin-désir qui s'exprime à cet instant là, ou l'insatisfaction et la déception !

Les écologistes, et leurs sympathisants, se lamentent et parfois crient contre la surexploitation et la destruction de la terre. Ils ne comprennent pas pourquoi ils sont si peu entendus. La réalité dépasse la seule question des intérêts politiques, économiques et autres lobbying. C'est toute une culture de société qui est à changer. Former aux éco-gestes, oui bien sûr, mais quel impact, quelle réalité si l'on se fout du futur autant que du passé ?  Si seule, compte l'immédiateté !

Quelles que soient nos croyances religieuses, philosophiques, idéologiques ou spirituelles, l'Homme, être humain, a une origine et aussi une fin, il naît un jour et meure plus tard. Il s'inscrit de ce fait, dans une histoire, une trajectoire, la sienne, mais aussi dans une lignée par filiation, et par conséquent dans une histoire familiale et sociale, inscrite elle-même dans l'histoire de l'humanité.

Le présent n'existe donc que parce qu'il y a eu un passé et parce qu'il y aura un futur. Pour autant, nous sommes responsables du présent car c'est lui qui annonce, par ce qu'il est et par ce que nous en faisons, la forme de l'avenir.

Notre société a choisi l'ancrage au présent, à l'immédiateté, profiter au maximum de ce que l'on a ou de ce que l'on peut obtenir aujourd'hui, pas demain, là maintenant. Non pas dans un sens spirituel, mais dans l'avoir, pour satisfaire ses soi-disant besoins, pour soigner ses peurs en évitant la confrontation au passé et en n'espérant plus rien de l'avenir. Alors tout devient possible, pour protéger, défendre ou étendre son espace présent ! Ainsi renaissent les sociétés tribales et toutes sortes de groupuscules. Et nous-mêmes tombons dans le piège.  Le capitalisme libéral est fort décrié au travers de cette image largement véhiculé des abus du monde de la finance. Qu'est-ce d'autre que ce désir de profit maximum au présent, quitte à inventer des transactions douteuses ? Que dire des extrémistes en tous genres ? des armées de mercenaires créés, exploités par quiconque ? Que dire aussi des replis excessifs sur des avantages acquis au risque de disparaître ? Gagner sur le présent et profiter seul de maintenant.

Nous pouvons toujours nous offusquer de cela, faire des manifestations ; mais, nous-mêmes, où sommes-nous, comment nous comportons-nous dans le présent ? avec quel ancrage, s'il y en a un ? et vers quel futur si nous en avons encore le désir ?

Etre au présent et dans le sens de l'histoire, le sens de notre histoire comme celle de l'humanité suppose de se penser en évolution possible et d'y contribuer, comme à la possible évolution de notre société. C'est se penser soi, et les autres, dans un sens historique. Acceptons-nous de grandir ? de quitter le monde de l'infantilisation dans lequel nous avons été élevé, conditionné, et que nous avons aussi choisi ? Le vouloir tout, tout de suite et tel qu'on le veut, est le monde de l'enfant roi ; il ne relève pas du monde de l'adulte. L'adulte a conscience de son existence, de celle des autres et aussi de son environnement. Il perçoit et accepte les nécessaires adaptations pour vivre correctement, au milieu des autres et sur terre. Il sait aussi tirer profit des savoirs et expériences des anciens et créer, expérimenter à son tour du nouveau.

Imaginons, en ce jour de Pâques, que nous ayons enfin compris ! Nous avons décidé hier de quitter nos peurs, nos égoïsmes, nos rivalités, nos appétits féroces de tout style, nos crispations et nos emprises. Nous nous réveillons ce matin, remerciant le jour nouveau, appréciant cette tranquillité qui nous envahit, mesurant qu'aujourd'hui n'est plus hier car nous y avons abandonné nos vieux costumes étroits ; nous ouvrons grand la fenêtre avec une large inspiration et partons sur le chemin d'un lendemain à découvrir, à construire, seul et avec d'autres, sans plus tarder et avec l'avidité de l'aventure choisie, conscients de participer non seulement à sa propre évolution mais aussi à l'évolution de notre monde ... pour que le présent de demain soit meilleur, il faut la conscience des limites du présent d'aujourd'hui et, s'appuyant sur la sagesse de ceux qui nous ont précédé, fabriquer dès maintenant notre lendemain individuel et commun.

Une présence consciente au présent, reliée à hier et préparant demain ; une juste appropriation de notre temps humain pour oser la mise au travail d'un monde qui va vers son meilleur. La réappropriation du sens historique de nos vies, comme celle de l'Humanité, nous amène inexorablement à un changement de posture. Est-ce que nous reconnaissons l'évolution de l'humanité, malgré les soubresauts divers ? Est-ce que nos peurs et nos paresses peuvent tenir longtemps en résistance sans danger pour nous-mêmes, et aussi pour les autres ? Quelles que soient nos croyances et le sens que nous y donnons, nous sommes en marche. La crispation sur les biens matériels et sur la soi-disant sécurité (matérielle, morale ou intellectuelle) n'y feront rien. Reconnaître le fil historique de sa vie, de nos vies, c'est "entrer dans l'histoire", c'est oser entrer et se laisser porter par le Mouvement de la Vie, c'est oser le changement. C'est questionner nos habitudes, se confronter à nos peurs, mettre en doute nos certitudes, nos façons de voir et de penser, défaire tous nos formatages. Alors, que choisissons-nous ? La statique et l'enfant boudeur qui freine ? L'arrêt et la répétition se cramponnant à des traditions figées, dogmes ou idéologies ? Oser prendre son baluchon, juste l'essentiel, et suivre un nouveau chemin en sifflotant, au milieu de ceux qui ont fait le même choix ? 

Nous aurions alors enfin compris ; plus besoin de lois excessives, d'écologistes qui se disputent, plus besoin de pétitions ni de manifestations, plus besoin de colère ou d'être désabusés ; par évidence, nous sommes dans le respect de soi, des autres, de notre Terre et tout ce qui nous entoure. Nous sommes dans l'ouverture et l'attention, dans l'amour de nous-mêmes, des autres et de l'Univers. Nous faisons partie intégrante de ce monde en marche où tout est réconcilié !

 

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