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13/01/2013

Le grand Ramdam

Moment de tristesse en ce jour qui nous montre, une fois de plus, que les Français ne sortent pas de leur fonctionnement néfaste et à courte vue ! Toujours enlisés dans le système du "pour ou contre" et donc, de la radicalisation ! La vie, on le voit même dans la nature, n'est pas dans un fonctionnement "tout blanc ou tout noir", plein de variantes existent. Et une société harmonieuse ne peut pas se construire sur de telles bases de radicalisation et d'affrontement mais seulement sur le dialogue et le compromis.


Quand accepterons-nous que le monde, et la vie des autres, ne se résume pas en notre petite vision étroite prenant soi en référence unique ?

Quand accepterons-nous d'essayer de percevoir le fond du problème plutôt que les aspérités qui nous arrangent ?

Concernant le mariage pour tous, au-delà de toutes les excitations, qu'est-ce qui est en jeu ? Aujourd'hui, un grand ramdam dans un micmac pas possible ! J'écarte de ce propos les manipulations politiques évidentes (outil de recomposition de la droite qui était en décomposition), car je considère ce sujet trop important et m'écarte de ces considérations. 

Un peu d'histoire : dans les temps anciens, n'existaient que le mariage religieux, sacrement du mariage pour les catholiques, qui n'existe pas sous cette forme dans d'autres religions, où le mariage religieux est une "bénédiction" (je te donne ma bénédiction et accepte ton mariage) et non un sacrement. Également, existait un contrat de mariage fait devant notaire qui définissait et règlementait la question du patrimoine, pour ceux qui avaient des biens. Religion d'un côté, patrimoine de l'autre, deux choses bien distinctes et sans interférences.

A la Révolution, la mission d'état civil est retirée à l'Eglise pour être donnée aux communes ; l'acte d'état civil devient de droit public, confié aux instances républicaines et, par le code civil précise les droits et devoirs du couple. A souligner que, selon le code civil, les droits du mariage et donc du patrimoine diffèrent d'un pays à l'autre, y compris en Europe. Le code civil intervient au niveau des droits et devoirs, il n'intervient pas sur la question morale, encore moins religieuse. Il est, pour ceux qui ne passent pas devant notaire, l'acte qui définit les questions de patrimoine et d'assistance mutuelle, pas plus.

Jésus a dit : "rendons à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu"; je reprends cette phrase à mon compte aujourd'hui (et malheureusement souvent !). La France est-elle une nation laïque ou une nation qui n'a pas encore concrétisée pleinement la séparation de l'Eglise et de l'Etat ? Deux remarques précisent cela :

- L'institutionnalisation prévaut au sentiment : d'un côté on entend affirmer "la famille" et la structure familiale Père-Mère-Enfant ; de l'autre on entend le droit d'aimer et de vivre ensemble avec les mêmes droits civiques et donc patrimoniaux

- le mariage suppose la procréation : La culture chrétienne voit dans le mariage, le droit d'avoir des enfants, voire même l'obligation d'avoir des enfants. Rappelons que le Pape maintient son refus de la contraception ! Se marier, vivre ensemble simplement par amour et pour le plaisir du partage (sexe et autre) n'est pas reconnu. Le plaisir étant toujours teinté du risque de débauche, encore de nos jours ! et que dire entre homosexuels ! Je me souviens aussi du malaise terrible que j'ai ressenti un jour de mariage : la femme ne pouvait pas avoir d'enfant, beaucoup le savaient, mais, malgré cela, beaucoup ont exprimé la phrase habituelle "nous vous souhaitons bonheur et beaucoup d'enfants" ! ... qu'est-ce qui était signifié par cette phrase ? mariage = enfant, sans tenir compte des personnes auxquelles ils s'adressaient, parce que c'est assimilé dans la conscience collective, qu'il ne peut en être autrement !

Je ne parlerai pas de la procréation médicalement assistée sinon en ajoutant que ceux qui s'expriment, pour la plupart d'entre eux, ne savent rien de la douleur de ne pas avoir d'enfant, ne connaissent que très peu de chose sur la question de l'adoption, sujet bien plus complexe qu'il ne paraît. Très respectueuse de la nature, estimant qu'il n'est pas souhaitable de la forcer, je pense également que nous sommes doués d'intelligence et que c'est naturel de s'en servir tout en respectant un cadre éthique, mais qui décide du cadre éthique et quelle morale sous-jacente est à l'oeuvre ? Comment refuser à une femme le droit d'oser espérer enfanter en comptant sur les progrès de la médecine et de la recherche ? De quel droit je m'opposerai à elle, à son souhait ? De quel droit je dirigerais les couples vers l'adoption alors que j'en connais les bonheurs mais aussi les difficultés ? De quel droit je serais en ingérence dans ce qu'il y a de très intime au niveau de la personne et au niveau du couple quel qu'il soit ? De quel droit je vanterais la procréation à tout couple hétérosexuel alors que je connais les affres des enfants dans certaines familles ? De quel droit j'interdirais à des enfants de trouver un foyer aimant qui puisse l'aider à grandir ?

Je préfère rester à distance mais être à l'écoute, individuellement, pas sur la place publique, en accompagnement à ceux qui le souhaitent, quelle que soit leur situation.

Institutionnalisation qui a pris des sens ambigüs : l'acte de mariage civil est gratuit, mais l'acte qui défait le mariage civil n'est pas gratuit, l'Etat prélève un impôt à payer en plus des frais de justice et notariaux puisque le divorce est un acte judiciaire et non un acte purement civil ! est-ce à dire que le droit de divorcer existe mais qu'il est "pénalisé" par la République ? Quel sens ? Quel frein, est-ce un compromis vis à vis de l'Eglise ?

N'oublions pas non plus tous les couples qui s'aiment, vivent ensemble et donnent jour à des enfants sans être mariés, certains refusant justement cette dérive institutionnelle qui sacralise l'acte civil.

La forme que prend ces débats révèle aussi, que nous n'acceptons toujours pas la différence, même si intellectuellement et "politiquement correct" ça se dit, ça ne se fait pas. Bien sûr, la différence est plus visible mais elle existe depuis toujours ; l'augmentation de la population augmente donc aussi sa visibilité même si proportionnellement elle n'évolue pas beaucoup, numériquement elle progresse ; et de plus, elle ose se montrer, se dire. Nous ne pouvons plus jouer les autruches, pire, les hypocrites et c'est tant mieux car nous sommes diversité, c'est notre réalité.

Mais, une chose est occultée dans ce débat, l'essentiel : l'Amour

Qui peut juger de la qualité d'amour dans un couple ? Qui peut juger de la qualité d'amour envers un enfant ? Pourquoi et au nom de quoi interdire l'amour, le règlementer ? A moins que notre monde ne sache plus ce que c'est ? Que l'amour soit relayé au second plan, sinon aux abonnés absents !

Et je terminerai par une note qui peut surprendre certains ou certaines. Nous, être humains, avons une âme, qui fait partie intégrante de nous, plus encore, qui nous structure en grande partie et qui a son histoire comme notre corps a son histoire. Les "vraies" rencontres se font au niveau de l'âme et de son histoire et l'âme est, disons en simplifiant un peu, asexuée ou peut prendre des sexes différents. Nous savons que la vraie rencontre est quelque chose d'un peu "magique", c'est-à-dire qui nous dépasse, nous étonne souvent. Alors osons-nous accepter ces belles rencontres, quelles qu'elles soient ? Le débat prendrait une autre forme et deviendrait inétressant !

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