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18/04/2012

Qui nous domine ? La peur du pire ou l'intuition de ce qui est juste ?

Je prends appui sur l'expérience d'aujourd'hui. La campagne présidentielle est un événement qui permet, au-delà de l'analyse purement politique, d'observer et comprendre là où nous sommes et ce qui se joue en nous. Exemple : j'entends souvent, presque tous les jours :" Bayrou est quelqu'un de bien, mais je ne sais pas si je vais voter pour lui. Je ne voudrais pas qu'on se retrouve comme en 2002, avec Le Pen"

Je réponds à cela : "la seule manière pour ne pas se retrouver dans cette situation, c'est justement, d'affirmer son choix, sa préférence dès le premier tour. Plus de 40 % des Français sont convaincus qu'il est l'homme de la situation ;  il est l'homme public préféré de 65 % d'ente eux ; alors disons-le par le bulletin de vote". Et bien "je voterai pour lui au second tour" ou, maintenant avec la tactique de Sarkozy comme celle de Hollande, "il sera un bon premier ministre". Mais comment voter pour lui au second tour si peu de personnes ne le choisissent au premier tour ? Comment pourra-t-il être un bon premier ministre dans une politique qui lui parait dangereuse ? Sans doute refusera-t-il et il n'aura pas la marge de manoeuvre nécessaire pour faire ce qui lui semble bon ! Raisonnement insensé, la peur nous empêche.

Derrière cette attitude, que se cache-t-il ? Pourquoi en sommes-nous là ? Pourquoi notre société nous conduit-elle à mettre en avant nos peurs, notre vie individuelle frileuse ? Pourquoi ne pas oser l'avenir meilleur que nous souhaitons pourtant au fond de nous-mêmes ?

Je ne m'y attendais pas : ce matin, me vient une clef d'analyse et de compréhension pour retrouver l'écriture de mon deuxième livre (commencé bien avant Chemin faisant ... la vie). Je n'arrivais pas à m'y mettre vraiment. Je comprends aujourd'hui pourquoi. La campagne me donne un nouvel éclairage sur "les rives et dérives de la démocratie et de la participation des habitants".


J'écoutais hier soir "C' dans l'air" et le point de vue des journalistes étrangers sur cette campagne présidentielle. Je peux déplorer que, comme les journalistes français, ils ne s'intéressent vraiment qu'aux deux candidats supposés gagnants ; mais ce qui m'a intéressé c'est de situer les partis politiques français dans l'échiquier des partis politiques européens et USA. Nous gardons cette image, et elle est réelle nous en montrons la preuve en ce moment, de grands râleurs et en même temps rien ne change, nous continuons les mêmes schémas. Ce qui signifie que, pour contenir nos soumissions et compromis divers, nous nous contentons de grandes expressions populaires (les meeting Mélenchon sont de vraies cérémonies de type religieux et cathartique) mais après, tout reste comme avant ; ces grands meeting créent de la communion et le sentiment d'appartenance à un groupe (le peuple ouvrier) mais pas de politique nouvelle. Nous n'avons pas trouvé, et nous le refusons quand cela se présente, une autre voie permettant un réel changement sans pour autant tout casser. Nous ne savons pas ce qu'est le vrai réformisme. Nous reproduisons seulement ce que nous connaissons même si nous le déplorons parce que nous refusons de sortir de la culture dualiste ; il n'y a que deux vérités opposées, dans tous les domaines, et nous nous contentons de cette situation même si nous en sommes mal à l'aise.

Plein de raisons "rationnelles" sont avancées pour expliquer cette attitude craintive et de réserve : la montée des extrêmes de tous styles, l'ampleur du chômage, l'importance de la dette publique, les difficultés de plus en plus réelles à vivre au quotidien, etc. et les médias ne cessent d'accentuer ce sentiment de crainte et d'insécurité au lieu de nous donner les informations telles qu'elles sont et non telles que certaines puissances souhaitent distillées pour endormir notre conscience.

D'autres explications existent également, se rajoutant aux premières : l'évolution de notre société et l'évolution de l'être humain qui s'est détaché d'une partie de lui-même. Nous avons, au cours des siècles, voire des millénaires, développé de plus en plus la pensée raisonnée et les sciences, mettant parallèlement au silence notre cerveau droit, notre part intuitive et reliée aux autres, aux autres hommes et à l'univers. Certains déplorent l'individualisme de nos sociétés occidentales et en rendent responsables les gouvernements et l'accentuation de la société marchande ; sans doute, mais pourquoi cette évolution a-t-elle été rendue possible ? Quelle en est la véritable cause ? Et donc, quelle est la source du sentiment d'appartenance, d'existence reliée à plus large que soi ? Pourquoi ne nous autorisons plus à "assumer nos rêves" ? Pourquoi préférons-nous l'illusion plutôt que de prendre à bras le corps notre réalité et croire en nos courages individuels rassemblés pour oeuvrer ensemble au changement de cette réalité ?

Des recherches médicales et scientifiques très poussées donnent des réponses qui se rajoutent aux analyses psycho-sociales.

Le Dr Jayne, Princeton University, a travaillé sur la physiologie de la conscience. Elle émet "l'hypothèse que les premiers humains n'avaient pas un sentiment de conscience individuelle ; ils avaient une conscience partagée non seulement entre eux mais aussi avec toute chose contenue dans l'Univers." (ce paragraphe et le suivant font référence au livre de Malvin Morse, la divine connexion). Elle définit la conscience comme le "moi" que chacun d'entre nous considère comme une évidence. Les Vikings collaient à ce concept initial de "communauté partagée" et de "pensée de groupe", mais chaque individu avait un don particulier qu'il utilisait pour contribuer à la société (profession ou activité) en étant fermement rattaché à une société structurée et comprenant parfaitement sa relation et son rôle au sein de celle-ci.

Le Dr Jayne prétend, à partir de son analyse historique sur cette question, que la conscience individuelle se mit en place à la suite d'un dysfonctionnement du cerveau humain, elle a prouvé que les origines de la conscience humaine proviennent d'un déséquilibre des lobes gauche et droit ; "l'homme moderne, malgré tous ses accomplissements, a un cerveau déséquilibré" (elle n'est pas la seule à le dire, beaucoup de scientifiques de disciplines différentes font ce même constat). Pendant près de 200 000 ans, les humains avaient un cerveau bicaméral (comme deux assemblées représentatives) et les informations circulaient également entre ces deux parties ; depuis 5 000 ans le cerveau gauche domine largement et le droit s'atrophie. Nous sommes dominés par le concept de conscience individuelle et avons négligé, de façon consciente ou non, la connexion qui nous relie les uns aux autres et au divin (à plus grand que nous). Ceci se vérifie dans tous les domaines et tous les groupes humains. Ce n'est pas un hasard, ni une tactique, quand François Bayrou dit à Lyon "l'héritage du Conseil de la Résistance est nécesaire dans tous les moments où est engagé le destin de la France". Il a conscience d'un au-delà des intérêts individualistes ou de groupes, d'un idéal commun absolument nécessaire en ce temps de crise profonde  (il existe mais camouflé par les discours partisans qui oublient l'essentiel) pour sortir du grand danger imminent en rassemblant toutes les bonnes volontés de quelques tendances politiques soient-elles. Le bateau va couler rapidement, tous ceux qui souhaitent éviter le naufrage ont leur place et apporteront leurs compétences.

Le peu de conscience individuelle n'était pas un problème du temps des sociétés primitives car les individus avaient des droits spécifiques relatifs à leur situation. Ils n'avaient pas besoin d'apprendre à s'affirmer.

L'évolution de la société de plus en plus basée sur la raison scientifique (ce qui se prouve scientifiquement) et individualiste, nous conduit à nous replier sur nous-mêmes, nos droits, nous crisper sur nos avoirs et nos manques et nous perdons le sentiment d'appartenance à un destin commun supérieur, appartenance au destin de l'humanité !

Plus sournois encore, le principe d'égalité des droits de nos sociétés républicaines a conduit aux dérives égalitaires qui tentent d'effacer, soi-disant, toutes différences et donc tout traitement différencié pour les tendances de Gauche, et, au contraire de les accentuer, pour les tendances de Droite. Ceci sur des bases théoriques détournées en idéologies et sur les bases de défense privilégiée de ses intérêts personnels ou de groupes. La dimension d'appartenance à une communauté humaine a disparu, comme a disparu la dimension du temps à l'échelle des siècles et non pas du lendemain, futur immédiat.

Plus nous sommes niés dans notre existence spécifique et plus le sentiment de frustration et donc la revendication individuelle et catégorielle, vont s'exprimer parfois violemment (voir les extrêmes aujourd'hui).

Moins nous savons ce que nous faisons ensemble, ne partageant plus de destin commun à long terme, moins nous savons nous situer dans ce monde présent.

Pour moi, là reposent les raisons du désarroi de nombreux Français aujourd'hui. A la veille de cette élection majeure, beaucoup me disent "cette élection est difficile, je ne sais pas quoi faire". Ils ont intimement conscience que l'enjeu est bien au-delà de la victoire d'un parti, mais leurs habitudes et leur cadre de références les bloquent. Ils savent au fond d'eux mêmes qu'il faut changer, non pas changer de Président, mais de bases gouvernementales, s'appuyer sur d'autres modèles. Et là, la peur les saisit. Ils vont faire "comme d'habitude", voter comme leur père ou grand-père, ou comme le groupe culturel d'appartenance parce qu'ils ont peur du pire s'ils perdent ce répère et qu'ils n'ont plus la capacité à imaginer autre chose.

Certains d'entre nous ont osé suivre leur intuition, "leur voix intérieure" qui leur laissait percevoir d'autres horizons souhaitables et possibles, s'ils lâchaient leur raisonnement habituel, s'ils osaient se montrer différents même au sein de leur réseau relationnel. Mon premier livre qui est la relation d'un parcours personnel, porte témoignage de ce travail de conscience progressif, d'évolution des choix dans la vie personnelle, professionnelle, militante avec les freins et les difficultés mais aussi avec cette détermination qui vient, non pas d'un désir égocentré, mais d'un sentiment d'appartenance à plus grand et plus large que soi et les groupes proches, quitte à rompre avec eux. L'ancrage dans une communauté humaine, et donc spirituelle, elle-même en évolution.

Participer non pas seulement à l'avenir de la France et se rassurer sur son propre avenir, mais contribuer à l'avenir des humains. Retrouver l'équilibre entre le destin individuel et le destin de l'humanité. Voir plus loin que le bout de son nez ou de ses habitudes pour oser inventer, ou reconnaître, de nouveaux chemins. Remettre l'équilibre en nous, reconnaître les différentes parties qui nous composent, refaire vivre autant le cerveau droit que le gauche, les intérêts de notre corps comme ceux de l'esprit et de notre âme, c'est-à-dire oser redevenir pleinement humain et accomplir nos choix, en pleine conscience. La nature elle-même nous montre constamment que la dualité n'existe pas, la vie est autre, complexe, avec des interférences multiples ; c'est ça qui la fait Vie. Alors seulement, nous retrouverons la sérénité et le doute ou la compromission disparaîtront. Alors aussi, se lèvera un jour nouveau.

L'heure est au temps de ce choix là. Il ne se représentera pas d'ici longtemps ! ....

Oserons-nous laisser se manifester notre souhait profond, et sans pouvoir l'expliquer, l'intuition de ce que nous percevons comme juste et bon ?

 

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