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25/03/2012

Roi ou Président ? La chance et les risques de la Vème République

Marcel Gauchet, philosophe, était l'invité hier de France Inter dans l'émission "suspens ton vol". Il lui était demandé si la France restait nostalgique de son roi. Sa réponse : la France continue à souhaiter un roi dont elle couperait la tête.

Derrière cette affirmation quelque peu provocatrice, Marcel Gauchet analyse la nouveauté de la Vème République : le Président élu au suffrage universel.


Faisant la comparaison avec les monarchies républicaines qui sont voisines de notre pays, il explique les enjeux d'une telle modification de la Constitution.

Après la révolution et la fin de la monarchie, les Français ont instauré une République avec un régime parlementaire. Nous avons vu les difficultés pour obtenir un gouvernement stable notamment après la seconde guerre mondiale et le début des années 50. Les gouvernements destabilisés régulièrement, valsaient les uns après les autres ! Le Président de la République ne semblant pas en mesure d'assurer une réelle responsabilité, pas plus que les députés eux-mêmes s'entredéchirant entre eux dès qu'un problème sérieux était posé (cette constante d'opposition systématique entre clans de gauche et de droite). La guerre d'Algérie fait éclater le système, De Gaulle est rappelé au pouvoir en 1958 faisant modifier la Constitution. En 1962, il obtient le vote au suffrage universel du Président de la République.

En parallèle, la monarchie parlementaire qui existe en Angleterre et en Espagne notamment, montre le peu de pouvoir du Roi, réfugié au rang de garant de certaines valeurs, peut-être même garant d'un certain passé plus folklorique qu'efficace. En-dehors de la presse people, des oeuvres de bienfaisance, quelles sont les influences réelles de ces monarques ? Les déchirements de l'Irlande ont montré le peu d'efficience de la Royauté. Aujourd'hui la déroute des finances de l'Etat Espagnol. Quel rôle de régulation, de garant apporte le Roi ?                                                                                            

Alors, entre ces deux solutions, l'arbitraire du Roi tel que nous l'avons connu avant la Révolution et l'irresponsabilité du régime parlementaire, l'élection du Président de la République est-elle fiable et valable  ?

Le Président de la République doit assurer deux missions essentielles :

                             - représenter TOUS les Français

                           - conduire le pays vers le développement et le bien vivre ensemble

Pour Marcel Gauchet, un équilibre est à trouver qui se cherche encore. Ses deux missions semblant apparemment opposées. 

Elu par une majorité, donc dans une ligne politique particulière, réside la difficulté de considérer l'ensemble des intérêts des Français. D'autant plus que les forces porteuses de cette élection revendiquent durement leur poids électoral.

L'autre difficulté est de conduire, avec une certaine fermeté, avec le poids de sa position de Chef de l'Etat impartial, le pays dans la perspective de l'Intérêt Général et à long terme.

Écoutons, en ce temps de campagne présidentielle, les dires des principaux leaders montrés dans les médias. En quoi reflètent-ils ces deux axes essentiels ? Ne sont-ils pas nombreux à se présenter POUR privilégier une catégorie de citoyens et donc CONTRE les autres, les assistés, les riches, les patrons, les salariés, les banques, les étrangers, etc... chacun y va de son couplet ! Et que nous ont-ils montré jusqu'alors ? Le Président actuel était plus roi que représentant des Français, distribuant ses grâces à ceux qu'il voulait servir ou asservir (plus d'un se sont laissés prendre, dernièrement les resposables du parti radical, de la démocratie chrétienne). Quant au PS, il croit encore à la lutte ouvrière et la lutte des places.

Conduire le pays vers un avenir meilleur ne peut être fait qu'au-dessus, au-delà des intérêts de chacun, et l'intérêt général du pays est souvent difficile à percevoir pour le citoyen confronté à sa propre difficulté d'existence ou à la recherche du maintien de sa richesse. Pourtant, c'est le pari de cette Constitution, un Président élu à la fois représentant les Français et au-dessus des intérêts immédiats, pour le destin de la France à long terme ancré dans ses valeurs d'égalité des droits, de justice pour tous, de fraternité basée sur la richesse cumulée grâce à la diversité. Ce que nous vivons depuis des décennies est loin de ce modèle !

Un espoir cependant, un homme se présente à nouveau à nos suffrages, droit, persévérant et qui pense profondément que des valeurs de Droite comme certaines de Gauche et du Centre peuvent se rejoindre "par le haut", hors du sectarisme et produire un plus pour la France dans leur complémentarité : générosité, attention aux plus faibles, esprit d'entreprise, valorisaiton de l'effort, solidarité, esprit de justice et idéal européen (Cf. discours meeting au Zénith ce dimanche 25 mars). Un homme qui incarne la synthèse de ces deux missions essentielles, par conviction, par compétence, par l'appel à "l'Unité Nationale" en ce temps de crise. Vous l'avez reconnu : François Bayrou.

Certes, cela change nos habitudes de faire, de voter, de penser ; il l'annonce lui-même ; c'est un renouveau profond. Mais n'est-ce pas l'expérience enfin possible de l'originalité de notre Constitution ? La réconciliation du peuple avec la politique parce que le Président assumera son rôle de guide et de garant au-dessus des intérêts partisans, et en même temps, proche des Français, entendre et dialoguer avec les citoyens, les politiques et les corps intermédiaires ? Les deux missions réunies, incarnées par un Président digne de ce nom ! Au-delà du programme qui permet à la France de sortir de la dette, de la non-croissance, de retrouver la possibilité du travail et de l'emploi, de la démocratie, un projet pour une nouvelle société d'ouverture, de solidarité, pour une dynamique nouvelle et bienfaisante : la France apaisée parce qu'elle a un guide ferme mais ouvert, lui-même dans la capacité de l'autorité morale forte, la constance, l'équité et la droiture, le dialogue ! Un vrai Président des Français tout en étant Président de la France !

Osons cet espoir et donnons lui réalité !

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