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11/08/2011

Poètes Méditerranéens et le Printemps Arabe

Document réalisé à partir de ce qu'ont exprimé les poètes lors des rencontres "Rive Sud"

Festival Voix Vives 2011

 

À la soirée introductive de ce festival, Salah Stétié évoque "la Nation Méditerranée" dont parlait Ovide. Les événements actuels rappellent cette nation ; dans la diversité des pays, des langues, une unité demeure marquée par l'histoire, la même histoire, les échanges constants entre ces pays, les brassages de populations, échanges économiques, culturels, philosophiques depuis l'Antiquité. Un symbole, n'oublions pas que l'emblème de la Corse est une tête de Maure. L'unité dans la diversité marque ces terres Méditerranéennes.

 

Les poètes, participant à cette rencontre, disent tous face aux événements appelés printemps arabe : "il est trop tôt pour entrevoir la suite ; il va falloir des semaines, des mois, des années peut-être pour savoir ce que ces mouvements vont apporter."

Et leur choix est fait, ils se vivent tous du côté du changement, du présent, de la liberté.


A noter que des poètes sollicités ont refusé de venir, ne souhaitant pas s'exprimer publiquement sur cette question ô combien sensible et à risques !

 

Tunisie "on en est au tout début… Le jour se lève."

 

Egypte

"Nous étions dans une fausse indépendance. Du colonialisme anglais, nous sommes passés au colonialisme des multinationales, sous un régime militaire soutenu par les intégristes. Les politiques, militaires et religieux, ont arrêté le développement. Nous étions plus heureux sous le colonialisme. La Renaissance est partie avec les colonisateurs ! Aujourd'hui, seulement 4 % de la population profite des richesses de la nation.

Gros problème de communication ; chez nous les médias présentent une Europe qui n'a rien à voir avec ce que l'on trouve à Sète, l'accueil, la gentillesse."

 

Palestine

"Nous souhaitons que les Israélites puissent retourner sur leur terre d'origine, en Occident comme les Palestiniens et autres peuples  pourront revenir chez eux."

Après le projet colonialiste, il y avait chez nous, toutes les composantes de la société."

 

Arabie Saoudite

"Les Saoudiens sont pacifistes. Le Roi est autoritaire mais nous ne sommes pas dans un régime de dictature. Le Roi va doucement dans les réformes pour ne pas heurter le clergé qui est Moabite, intégriste. Mais les réformes se font. Nous avons la première université mixte du monde arabe, même s'il y a contradiction encore avec certaines pratiques, par exemple les femmes n'ont pas le droit de conduire."

Oman

"Tout écrivain aime le changement"

"Le peuple d'Oman veut une Constitution pour devenir une démocratie, avec  un parlement et le  gouvernement du Sultan, on garde le sultanat. On veut le changement mais pas la révolution."

Les pays du Golfe sont de gros fournisseurs de pétrole ; ils sont surveillés par les Anglais, les USA ; le changement de régime risque de tout casser ; ils le craignent. C'est le problème au Yémen : si les manifestants gagnent, que se passera-t-il pour toute cette région ?"

 

Irak

"Le poète n'est pas du passé, il est du présent."

"La patrie du poète c'est la parole, la langue."

"L'appartenance est au ciel poétique plus qu'au ciel géographique."

"En Irak, ce qui nous liait, c'est la peur. En exil, ce qui nous lie c'est l'amour."

 

Algérie

"Beaucoup de violences en ce moment, nous avons connu cela ; pour nous, c'est du déjà vu. On espère qu'ils auront plus de chances que nous."

Liberté ? La liberté c'est une voix intérieure ; le doute c'est quand on a peur de l'avis des autres."

"En Algérie, il y a beaucoup d'argent et des incompétents au gouvernement et dans les administrations qui cherchent argent et pouvoir et font n'importe quoi."

 

Maroc

"Aujourd'hui, pression des islamistes, de ce fait, l'Islam est devenu religion officielle de l'Etat, pas au début ; Mohammed VI est prêt à faire des réformes, mais pression importante.

Refondre le système ou l'améliorer ? Débat entre les deux poètes, l'un résidant eu Maroc, l'autre en France. Corruption, peu de choses faites dans le domaine de la santé, de l'éducation, de la justice.

Des "inter-violences" ; le citoyen est aussi responsable, pas seulement l'Etat et le gouvernement ; mais si le sujet n'est pas éduqué, peut-il être citoyen ? Peut-on lui demander des comptes ?

 

"Le nouveau est aussi le passage de l'après"

 

Croatie

"Mes poèmes ne parlent pas de guerre ; beaucoup de souffrances mais il y eut de bons moments. Notre vraie patrie, c'est notre enfance."

 

Syrie

"Suite à la chute du mur de Berlin,  fin de la dictature ; il y eut plusieurs tentatives pour instaurer la  démocratie depuis 1960 ; mais elles avortent toutes ; putsch militaires appuyés par les colonialistes. Puis régime familial qui s'est transformé en régime dictatorial."

"La place du poète ? Elle est auprès de son peuple, sans hésitation, sinon faiblesse dans l'âme, dans le cœur."

Adonis, bien connu sur le plan international, fut le premier à dire : "Monsieur le président El Assad",  il cherche la notoriété et les grâces, cela lui a valu beaucoup de critique dans le monde arabe, chute qui fait mal. El Assad n'est pas président, il n'y a pas de République !"

Impossible de manifester dans les grandes villes sauf près des lieux de cultes, quels qu'ils soient, mosquées ou églises, car la police n'a pas le droit d'y pénétrer et d'y interdire le rassemblement. Beaucoup d'entraide entre communautés religieuses et le peuple."

"On attend des grands poètes qu'ils marchent devant leur peuple, portant le flambeau de la liberté. En France, 1789 porté par les philosophes et les poètes."

Fin juillet en Syrie :       2 000 morts

                                   3 000 disparus

                                   20 000 prisonniers

                                   20 000 exilés

 

 

 

Quelques phrases d'autres poètes

 

Bruno Doucey : "et si la poésie, c'était ça ? Se réaccorder ensemble et à la beauté du monde ?"

 

Nourri La Jarral, Syrie : "je mourus et devins une autre personne"

 

Josyane de Jésus-Bourgey, France : "dans la mémoire de nos révoltes, il faut marcher encore."

 

Alain di Meglio : "de la mer vous avez fait un pays"

 

 

Commentaires

Les soulèvements dont ont prit part le Proche-Orient et le Moyen-Orient à partir de janvier 2011 ont, de par leur réussite à faire tomber l’autocratie, suscité un espoir immense, aussi bien chez les populations concernées que dans le monde entier. En voici le principal enjeu.

Écrit par : Fan de la langue Arabe | 06/06/2014

Effectivement, ces mouvements "du peuple" ont réveillé aussi chez nous ce que nous avons laissé s'évanouir : l'aspiration à se défaire des dictatures de toute nature (politique, intellectuelle, religieuse, commerciale etc.) et retrouver la Liberté et la Dignité. Même s'il nous faudra du temps et des moments difficiles car nous nous sommes comme habitués aux contraintes, l'aspiration se fait présente ! .... merci à vous

Écrit par : Nicole Bandelier | 06/06/2014

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